Masque et apprentissage de la lecture

Si le port du masque pour les jeunes enfants est recommandé par les instances médicales, les enseignants y voient en général quelques inconvénients concernant l’apprentissage de la lecture, sans parler du travail des orthophonistes qui va devenir très difficile.

“Comment voulez-vous apprendre à lire avec un masque ? Il faut que l’enfant apprenne à positionner sa langue et sa bouche pour prononcer les sons correctement. On ne pourra tout simplement plus les corriger si on ne voit pas leurs lèvres”, remarque Louise Gury.

Porter un masque limite également la communication non-verbale … De la même façon, le port du masque risque encore de compliquer l’apprentissage chez les élèves autistes.

“La communication visuelle est très importante pour eux. Il y a quelques mois, nous avions demandé à ce que les enseignants et les AVS (auxiliaires de vie scolaire) disposent de masques transparents pour ces enfants…

Nous attendons toujours”, ironise Charles Allain, professeur remplaçant de la petite section jusqu’au CM2 à Paris.

(source France 24)

Sur ce plan là, comme pour d’autres choix devant les difficultés à contrôler ce virus dont les effets sont si imprévus, si variables, nos gouvernants et nos experts médicaux se trouvent bien impuissants….

On reste là encore dans la démarche courante : choisir des solutions, pourvu qu’elles coûtent le moins possible.

Là encore, comme toujours, ce sont d’abord des considérations économiques qui guident les actions officielles, et surtout, surtout, décréter, décider, arrêter, plutôt que d’encourager et faciliter l’éclosion d’idées nouvelles ….

En France, on n’a toujours pas de pétrole, mais on ne laisse pas non plus les gens avoir des idées pour résoudre leurs problèmes …

Amusons nous de ce passage où Monsieur Jourdain apprend les lettres …. A notre époque masquée, cette scène n’aurait pas pu exister …

==================================================================

Le bourgeois gentilhomme, Acte 2 scène 4

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Que voulez-vous donc que je vous apprenne ?
MONSIEUR JOURDAIN.- Apprenez-moi l’orthographe.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Très volontiers
MONSIEUR JOURDAIN.- Après vous m’apprendrez l’almanach, pour savoir quand il y a de la lune, et quand il n’y en a point.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Soit. Pour bien suivre votre pensée, et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer selon l’ordre des choses, par une exacte connaissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes. Et là-dessus j’ai à vous dire, que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles, parce qu’elles expriment les voix ; et en consonnes, ainsi appelées consonnes, parce qu’elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix. Il y a cinq voyelles, ou voix, A, E, I, O, U.
MONSIEUR JOURDAIN.- J’entends tout cela.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- La voix, A, se forme en ouvrant fort la bouche, A .
MONSIEUR JOURDAIN.- A, A, Oui.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- La voix, E, se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut, A, E.
MONSIEUR JOURDAIN.- A, E, A, E. Ma foi oui. Ah que cela est beau !
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Et la voix, I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles, A, E, I.
MONSIEUR JOURDAIN.- A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- La voix, O, se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas, O.
MONSIEUR JOURDAIN.- O, O. Il n’y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable ! I, O, I, O.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O.
MONSIEUR JOURDAIN.- O, O, O. Vous avez raison, O. Ah la belle chose, que de savoir quelque chose !
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- La voix, U, se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi l’une de l’autre sans les rejoindre tout à fait, U.
MONSIEUR JOURDAIN.- U, U. Il n’y a rien de plus véritable, U.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Vos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que U.
MONSIEUR JOURDAIN.- U, U. Cela est vrai. Ah que n’ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Demain, nous verrons les autres lettres, qui sont les consonnes.